Véronique Bannon : Mon cher Milan, mon garçon adoré.

Mon cher Milan, mon cher garçon adoré. En fait, je ne sais pas par où commencer à t’écrivant cette lettre. Depuis ta naissance, tu m’as vu parfois pleurer, souffrir sans jamais comprendre tout à- fait ce qui se passait. Un jour, tu m’as dit « maman quand je serai grand, je serai un superhéros ! Je pourrai sauver le monde et guérir la souffrance qu’il y a dans ta tête et dans ton coeur, car les superhéros ont tous les pouvoirs. J’ai tellement pleuré, je me disais, moi qui veux t’épargner mes souffrances, j’avais l’impression de te les transmettre.

J’ai toujours été une personne anxieuse, j’avais un peu peur de tout et de moi-même. J’ai commencé à être comédienne vers l’âge de 14-15 ans. Je travaillais beaucoup et dans ma tête je n’avais pas le droit à l’erreur. Je devais être parfaite en tout temps, c’est bien sûr moi- même qui me mettais une telle pression. On me disait que j’étais belle, je voulais l’être partout, tout le temps. Je me sentais si vide à l’intérieur que je me disais que ma beauté me sauverait de tout. Dès qu’on voulait mieux me connaître je fuyais automatiquement car je croyais que je n’avais rien de bien à offrir. J’ai souffert d’anorexie de 14 à 20 ans c’était ma façon à moi de tout contrôler. Ne pas manger était pour moi une façon de me punir. Voilà quelque chose de plus gros que moi qui venait de prendre possession de mon âme.

J’ai toujours voulu avoir un enfant, toujours. En fait, c’était un de mes plus grands rêves ! – Véronique Bannon

Tu imagines donc, lorsque j’ai su que j’étais enceinte de toi j’étais si heureuse ! J’ai entendu battre ton petit coeur pour la première fois et déjà j’étais folle de toi, petite vie qui grandissait en moi. Durant les 41 semaines que je t’ai porté en moi car oui tu as tardé un peu à venir au monde 😉 tous les soirs je te parlais, je te faisais écouter de la musique et je me disais ça y est tous mes problèmes sont guéris, je vais donner la vie !

Véronique Bannon enceinte, porte-parole de revivre et ambassadrice de Bell cause pour la cause.

Tu es né le 19 juillet 2008 à 20h14. Oui, je te donnais la vie et tu sauvais la mienne. Dieu que je t’ai dorloté et je remerciais la vie tous les jours d’avoir un enfant heureux et en santé avec tous tes sourires qui me faisaient craquer. Environ 8 mois après ta naissance, j’ai recommencé à faire des crises de panique, ce que je faisais déjà beaucoup avant ma grossesse. Je ne comprenais pas, pourtant tout allait bien mais ces crises persistaient et je suis tombée dans une profonde dépression. Ne plus dormir; être de plus en plus anxieuse, me détester m’isoler … l’enfer tournait autour de moi. 2 ans de torture mentale. Tranquillement je sentais le goût de la mort.

Malgré tous les efforts que je m’efforçais de faire seule pour ne pas alarmer personne, un soir, le 24 septembre 2010 j’ai décidé de mettre fin à mes jours .

Je voulais enlever le poids énorme sur les épaules des gens que j’aimais et surtout je ne voulais pas que tu me voies souffrir. Je t’ai écrit une lettre disant à quel point je t’aimais, que je voulais tant que tu grandisses dans un bel environnement où le bonheur y règne et que moi je n’avais pas la capacité de t’offrir ce bonheur. J’étais seule à la maison et je criais, hurlais ma souffrance, j’avais l’impression que mon sang bouillait dans mes veines. Je sais c’est très difficile à comprendre un mal de vivre et j’en voulais à tous ceux qui ne comprenaient pas, mais j’en voulais surtout à moi-même ! Donc le soir du 24 septembre 2010, pour moi c’était la fin…


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Je vais t’éviter les détails mais lorsque les ambulanciers et policiers sont arrivés à la maison. Papa et toi êtes arrivé au même moment. Tu voyais que ça n’allait pas et juste avant que je quitte la maison, tu m’as tendu tes petits bras et tu m’as dit « maman » en pleurant. J’ai craqué. J’étais dans l’ambulance étourdie par tout ce qui venait de se passer j’étais encore consciente pour avoir honte et je me suis mise à pleurer tout doucement. Je me disais « mais voyons qu’est-ce que tu as fait ? Tu ne peux pas quitter ton fils ! ». Moi, qui tout le long de ma grossesse te parlais en te promettant de t’aimer, de prendre soin de toi, de te protéger toute ma vie ! Je ne pouvais pas t’abandonner !

Véronique Bannon avec son fils avant sa tentative de suicide. porte-parole de revivre et ambassadrice de Bell cause pour la cause.

À l’hôpital j’étais aussi verte que ma jaquette et j’avais honte mais honte et j’avais si mal ! Une douleur une souffrance qui ne se décrivent pas. En voyant, médecins, psychologue et psychiatre. Je me suis dit « Véro c’est là où jamais! ” Je voulais vivre mais je ne voulais plus souffrir. J’ai décidé de me prendre en main. Tu étais ma motivation, mon roc. Pour toi je déplacerais des montagnes, pour toi je guérirais promis ! Et c’était parti ! Malheureusement ce que je ne savais pas c’est que nous ne sommes pas à l’abri des rechutes. C’est encore très difficile à expliquer avec des mots mais je me sentais comme un puits sans fond. La tristesse le manque d’estime L’ennemi venait me rencontrer de nouveau.

J’avais un besoin d’amour intense. Je voulais être aimée mais même être aimée n’était pas assez. – Véronique Bannon

Ce n’était jamais assez je voulais l’amour passionné des amitiés qui ne se défont jamais. Je me détestais d’une telle force que je provoquais le rejet des autres et je me confirmais de cette façon qu’effectivement je n’en valais pas la peine. Je vivais le paradoxe dans tous les aspects de ma vie. Et oui je l’ai rencontré. LA RECHUTE. La vraie celle qui ne demande pas mais entre dans ta vie et te tue de douleur. Mais là tu es là je ne peux pas mourir ! Je devais trouver une solution et j’ai choisi la mauvaise…encore. J’ai commencé à me mutiler je me punissais ainsi, c’est comme si en me mutilant je faisais sortir tout le mal qui prenait place en moi. Chaque coup chaque égratignure portaient un nom une souffrance. Bien sûr je faisais ça lors des nuits de grosses douleurs.

Une nuit tu m’as entendu pleurer, tu es venu voir en bas dans la salle bain ce qui se passait et tu as vu … Tu as vu ce que j’essayais de te cacher. Et dans tes magnifiques yeux bleus, j’ai vu la peur la tristesse. Encore une fois la honte m’a envahi jusqu’aux entrailles. Tu es allé chercher tes pansements « BATMAN » et tu m’as dit « tiens maman prends-les tous, tu sais ses pansements la peuvent guérir tous les bobos « et tu allais chercher ta doudou en me disant « elle me fait du bien à moi alors elle va te faire du bien aussi » mon coeur lâchait.

J’ai « crashé » assez intensément lorsque j’ai perdu un bébé, une petite étoile dans le ciel qui aurait pu être ton petit frère ou ta petite sœur et à qui je parle encore tous les soirs. J’ai vécu une telle détresse psychologique que la souffrance prenait toute la place. J’ai mis des gens que j’aime à bout de moi. À la moindre chicane au moindre abandon je tombais de plus belle. Dans ces moments-là on ne se reconnaît plus. On demande pardon, pardon pour tout.

Et on cherche encore tout l’amour du monde. On cherche à comprendre mais surtout à se comprendre Moi qui ne veut jamais blesser personne et veut toujours aider. Je suis allée au bout des tolérances de gens que j’aimais. Heureusement, tu le sais j’ai des gens extraordinaires dans ma vie qui sont là et encore là.

Alors j’ai dû me retrousser les manches malgré la mort à l’âme, me reprendre en main mais cette fois-ci je voulais que ce soit la bonne. J’avais mes ressources. Personne à part ne moi-même pouvait me sauver. Thérapies intenses mais plus vraies. Je racontais tout à mes médecins ne cachais plus rien! Quand on veut vraiment s’en sortir, nous devons prendre toutes les ressources à notre disposition et surtout être honnête et en premier être honnête envers nous. C’est le plus beau cadeau que l’on puisse s’offrir. J’ai compris beaucoup de choses sur mes comportements et le travail que j’avais à faire. La vie n’est pas parfaite c’est sûr !

Je ne peux pas changer mon passé et je ne peux pas contrôler les pensées des autres, je ne peux qu’être moi-même et décider ce que je veux, ce qui est bien pour moi. Je dois arrêter d’avoir peur. Je dois accepter mes faiblesses et pousser mes forces et que tout ça fait partie de moi, de ce que je suis.

Si tu savais comme j’en voulais aux gens qui ne comprenaient pas. Je leur disais « pensez-vous vraiment qu’on choisit de vivre comme ça .!?!! Que j’ai du plaisir à souffrir et à faire souffrir les autres .!?!! On veut être heureux, nous avons qu’une seule vie à vivre. On ne choisit pas d’avoir le cancer, on ne choisit pas de vivre avec une maladie mentale. Surtout la maladie ne nous définit pas. Elle se traite et nous pouvons avoir une vie saine et heureuse. À tous les jours j’essaie de devenir une meilleure personne. Je sais que j’ai plus de compassion et d’empathie, ce que tu as déjà depuis que tu es tout petit 🙂 . Nous avons beaucoup discutez-toi et moi. Tu m’as posé des questions. Nous avons eu de beaux échanges. Tu as compris tu as cette belle intelligence émotive.

Mil j’avais envie de t’écrire cette lettre pour qu’un jour en lisant ceci, cela te donneras peut être d’autres réponses à certains questionnements. Tu auras à vivre des moments difficiles un jour. J’aimerais tant te protéger de tout mais ce n’est pas comme ça que la vie fonctionne et tu le sais bien déjà. Je te vois interagir avec tes amis et de voir le garçon que tu deviens me rend si fière. Je carbure à ta bonne humeur à ton positivisme, à ton grand coeur, à ton désir d’apprendre et à ta façon de voir la vie. Je te vois être fier de tes bons coups et te dire que les moins bons, eh bien ce n’est pas la fin du monde. Je te vois aider les autres, partager et aimer. Et tu sais .

Chaque fois je me dis que j’ai bien fait de choisir la vie car je te vois grandir et t’entendre me dire que ta maman est forte, que je suis la meilleure maman du monde et surtout t’entendre me dire que tu m’aimes à l’infini ça n’a pas de prix. Tu es ma boule d’amour mon rayon de soleil et moi aussi je t’aime à l’infini.

Sache que je serai toujours là pour toi, pour te guider du mieux que je peux. Tu sais on en parle, lorsque ça n’ira pas ne t’isole jamais ce n’est pas la solution. Sois fier de tout ce que tu es dans tes bons comme les moins bons moments. Quand on choisit de bien s’entourer de parler et de faire confiance aux bonnes personnes, on a déjà des bons pas de fait dans la vie.

Merci mon beau Milan d’amour Merci de me faire voir la vie différemment ! Merci d’être tout ce que tu es. Un bel être humain 🙂

J’avais un rêve, celui d’avoir un enfant, la vie m’a donné le meilleur pour me faire grandir et devenir meilleure!

Véronique Bannon et son fils Milan

Je t’aime mon Ti-Mil pour la vie,
Maman

6 thoughts on “Véronique Bannon : Mon cher Milan, mon garçon adoré.

  1. merci Véronique Bannon tu as vécu bien des douleurs elles sont arrivées comme au début d un tunnel noire passage obligé…rendez-vous avec la rechute…je souffre aussi comme toi…to garcon est un héro…tiens bien sa doudou

  2. Je viens de lire , je ne sais pas quoi dire ou pensée parce que moi sait le 28 novembre 2017 que j’ai essayé de mettre fin à mes jours mon réveil aux soins intensifs et intube m’avais fait réalisé du moins je pensais que ça m’avais fait réaliser que la vie était importante nous sommes le 8 février j’aurai 41 ans ds 20 jours et j’ai toujour autant le goût de mettre fin à mes jours parce que je ne suis plus capable de souffrir d’avoir cette lourde souffrance psychologique j’ai beau faire des efforts essaye par dessus essayer mais je n’arrive pas à voir la lumière au bout du tunnel je me sens exactement comme tu as pu te sentir tout ce que tu décris dans cette lettre je me sens comme ça merci de mettre des mots sur ce que j’essaie d’expliquer à mon entourage merci Véronique bannon

    1. Bonsoir Melanie,

      Tout d’abord, merci pour votre commentaire et de nous avoir lu. Il me fera plaisir de transmettre ton message à Véronique.

      Je ne peux répondre à sa place bien sûr mais ayant moi-même eu des pensées suicidaires pendant plusieurs années à cause de la souffrance insupportable, je suis de tout coeur avec vous.

      Je ne sais pas ce que vous vivez, mais je vous comprends. Je dois vous dire : accrochez-vous et demandez de l’aide. Vous méritez d’être bien, d’être en santé et d’être heureuse.

      Je vous invite à lire notre nouvel article dans lequel nous partageons 50 ressources qui peuvent vous venir en aide.

      https://visagesdelasantementale.com/50-ressouces-prevention-du-suicide/

      Gardez espoir Melanie, si j’ai pu m’en sortir, vous le pouvez aussi.

      Émélie xx

  3. Tu mets des mots sur ma vie…sur ce qui c est passé il y a de ça 3 semaines….etre heureuse, juste être heureuse…arrêter d’avoir mal…être « normal »…..
    Merci merci tellement

    1. Bonsoir Chantal,

      merci pour votre commentaire et merci de nous avoir lu. Je transmettrai vos remerciements à Véronique.

      Je vous invite à lire notre dernier article dans lequel nous présentons 50 ressources pour être aidé.

      https://visagesdelasantementale.com/50-ressouces-prevention-du-suicide/

      Si ce n’est pas déjà le cas, j’aimerais m’assurer que vous êtes bien entourée présentement et que vous avez l’aide nécéssaire pour être heureuse. Si vous avez toujours des pensées suicidaires, parlez en à une personne de confiance et demandez de l’aide. La souffrance, même si elle paraît interminable, elle est temporaire.

      Croyez-moi, il y a à peine 3 ans de ça, j’avais perdu tout espoir. Aujourd’hui, non seulement je n’ai plus d’idées suicidaires du tout, mais je suis heureuse et confiante en mon avenir.

      Amour,
      Émélie xx

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